Une couleur et une atmosphère spéciales dans le grand nord

Une couleur et une atmosphère spéciales dans le grand nord

Le froid s’installe petit à petit à Puvirnituq. Pour l’instant (et ça semble être la norme) il n’y a pas énormément d’accumulation de neige mais la glace et des paysages incroyables démontrent que nous sommes bien en hiver dans le Grand Nord. Sans vent, on est vraiment bien dehors (encore une fois, pour l’instant!). Je me pare toutefois de différentes couches d’habits (en couche d’oignons pour utiliser le terme souvent utilisé) et d’accessoires que j’ajuste en cours de journée. Mon nassak (bonnet \tuque fait en crochet) est une pure merveille… Je suis ravie de mon investissement : C’est local, beau et efficace!

Les effets de lumières sont particulièrement impressionnants dans ce coin de la terre. Mais le manque d’arbres est déstabilisant alors je me raccroche à la petite végétation de la toundra qui est encore visible. Les photos donnent forcément un autre rendu de la réalité car c’est encore plus beau en vrai !

J ai eu plusieurs fois l’occasion de voir des aurores boréales mais ça devient un phénomène visible aussi dans le sud du Quebec… Quoiqu’il en soit, c’est toujours très magique !

Les heures d’ensoleillement sont moindres par rapport au sud du Québec. À titre d’exemple, le 28 novembre, le soleil se lève à 8:39 AM et se couche 3:17 PM contrairement à Montreal où il se lève à 7:12 AM et se couche 4:15 PM. Si on a la chance voir des rayons de soleil, on en profite rapido car ce n’est pas certain de le voir tout au long des heures d’ensoleillement.

Mon quotidien à Puvirnituq

La vie est bien tranquille pour moi dans ce village. Comme je l’avais dit dans un autre article, il y a peu d’opportunités de rentrer en contact avec les inuit et d’être avec eux. Voici les lieux qui s’offrent à moi : l’épicerie, la garderie, la maison de la famille, l’église, le restaurant.

Je suis allée à l’unique restaurant du village, pour la première fois, pour y déguster un petit dejeuner avec la petite famille et des collègues d’Isabelle… toute une sortie!

Quoiqu’il en soit, je suis heureuse de partager des salutations souriantes lorsque je croise du monde, ça peut être des piétons, du monde en quatre roues ou dans des véhicules. Et que dire des enfants qui adorent venir voir mes deux crevettes (qui sont généralement très intimidés par tant d’empressement autour d’eux).

Nous avons eu à nous adapter à plusieurs jours (plus qu’une semaine!) de non approvisionnement de certaines denrées à l’épicerie. La raison est que les conditions climatiques avec la nouvelle piste d’atterrissage ont pénalisés l’atterrissage des avions (en hiver les approvisionnements ne se font que de cette manière) et cela a donné des retards cumulés. À Ivujivik, cette problématique à durer trois semaines! Maintenant j’ai compris le truc, si je vois des légumes/fruits, des oeufs, du lait, du pain, des légumineuses etc. je m’empresse d’en prendre! Il vaut mieux avoir des réserves!

Ma job de nanny

Les deux petites crevettes dont je prends soin, m’apportent des moments touchants et drôles avec son lot de vie « normale » avec deux enfants de 4 et 2 ans (je lève mon chapeau à tous ceux qui ont à charge des enfants, que ce soient des parents ou des institutions!).

Mes joies : J’adore me faire appeler « mamagaly », avoir des grosses colles (câlins), les voir adopter des nouvelles expressions ou mimiques, les voir grandir et observer leur débrouillardise. Cerise sur le gâteau, je commence à atteindre un niveau expert sur la vie de Petit Ours Brun et de Cailloux!

Trois à quatre fois par semaine, j’apporte la crevette F. (4 ans) à la garderie ce qui me donne un peu de répit en étant uniquement avec la crevette A. (2 ans). Je fais beaucoup d’heures (comme annoncé) en tant que nanny ce qui me donne peu d’occasion de socialiser avec les locaux (ça aussi je m’en doutait!). Mais je sais aussi que le fait de me promener avec les enfants, m’offre aussi des interactions que je n’aurai probablement pas eu en étant une allochtone solo.

Et si on parlait de la gestion de l’eau et des égouts

Comme ailleurs au Nunavik (sauf à Kuujjuarapik), il n’y a pas de système d’aqueduc. La distribution de l’eau potable se fait grâce à un bataillon de camions qui alimentent tous les bâtiments. Ils desservent maisons, hôtel, épiceries, hôpital, poste de police, etc. et remplissent les réservoirs d’eau potable et vident les eaux usées. Ceux sont des camions differents (on s’en doute mais je préfère préciser), très indentifiables!

Qu’arrive-t-il si on manque d’eau ou que le réservoir d’eaux usées est plein ?

Il y a un système de lumières (bleue et rouge) qui permet aux opérateurs de camions-citernes et de camions d’épuration de savoir qu’une maison ou un bâtiment a besoin de faire remplir ou vider son réservoir. Chaque bâtiment est équipé d’au moins deux lumières (voir trois pour le mazout qui est utilisé pour le chauffage). Lorsque le niveau d’eau est bas, une lumière bleue s’allume et quand  la rouge est allumée, c’est que le réservoir d’épuration a besoin d’être vidé.

La citerne à eau en action
Le camion d’épuration ou à caca comme disent les enfants!
À côté de la porte les différentes lumières indiquant les besoins du bâtiment

D’après ce qu’on m’a dit, ces camions devraient passer TOUS les jours mais ce n’est pas le cas à Puvirnituq alors qu’à Ivujivik oui. Cela occasionne des réservoirs inadaptés qui ne tiennent pas toujours la capacité d’utilisation d’un foyer (et c’ est encore plus problématique pour ceux qui sont nombreux dans un logement!). Autant dire, qu’ici, on fait TRÉS attention à ne pas gaspiller l’eau et à être vigilant qu’en à la production des eaux usées (certains détournent le tuyau de la laveuse dans un bac pour jeter ensuite, à l’extérieur, l’eau usée!). 

Dans le foyer que j’occupe actuellement, par exemple, on ne tire pas la chasse d’eau quand on urine, on limite les douches et leur durée et on fait attention pour le lavage de la vaisselle. Ceux qui travaillent à l’hôpital ont l’habitude de remplir des bouteilles d’eau pour en rapporter à la maison.

Tout ca fonctionne généralement correctement sauf qu’il peut y avoir des problématiques diverses et variés (des bris, une tempête, manque de personnel etc.). Je vous laisse donc imaginer le genre de défis logistiques avec lesquels il faut composer qu’on est dans le Grand Nord ! Une chose est certaine, ici on apprend ce que c’est que la resilience !

Pourquoi ne pas « tout simplement » installer un vaste réseau d’eau potable et d’égout ? 

Après tout, Nord ou pas, c’est techniquement possible. C’est le cas à Iqaluit (Nunavut), à Nuuk (Groënland), et à Kuujjuarapik (au Nunavik).  Évidemment, la chose est complexe. Il faut un système où les tuyaux sont chauffés en permanence. Il faut, idéalement, enfouir les tuyaux, ce qui, dans un sol de roc comme au Nunavik, implique du dynamitage ou encore le recours à de la machinerie lourde, qu’il faut faire monter par cargo. 

Tout est bien sûr possible, mais à quel prix ? Si la chose a du sens à moyen et long terme, le Nord n’est pas différent du Sud. L’inclinaison pour la réflexion long terme dans le cadre politique n’est pas plus naturelle au Nord qu’elle ne l’est au Sud.  Autre élément, l’entretien et le risque de bris. Les interventions sont différentes par rapport au « sud ». Elles exigent des formations, des expertises différentes.

Bien sûr que c’est possible, mais tout ça pour illustrer que la chose est plus complexe que de dire : « On a juste à mettre des tuyaux »

Source diverses dont celles de Guillaume Lavoie

Un peu d’histoire

Origine du mot Nunavik

En 1986, les Inuits votent pour l’adoption du mot Nunavik, c’est-à-dire « la grande terre » ou « notre terre », pour nommer la région anciennement appelée Nouveau-Québec. Il faudra toutefois attendre 1998 pour que la dénomination Nunavik soit acceptée officiellement. De même, des noms inuits ont remplacé les dénominations imposées à l’époque de l’implantation des postes de traite : par exemple, Fort Chimo est devenu Kuujjuaq et Port Harrison, Inukjuak. 

Il existe plusieurs sens au mot terre, tout dépendant de la culture de ceux qui l’utilisent. Alors que chez les allochtones, on distingue les hommes des biens – la terre est ainsi un bien qui peut être acheté, vendu, etc. – chez les Autochtones, la terre n’est pas un bien, mais un élément identitaire profond. Le mot évoque donc quelque chose dont la personne fait partie. Les Québécois nomment la terre en oubliant que d’autres personnes ont une conception différente de ce même territoire. Le mot nuna montre une réalité qui concerne le tiers du territoire du Québec et qui tient compte de la façon dont les Inuits le perçoivent.

Source : MOOC Le Québec nordique offert par l’Université Laval

Musique

Caroline Alexander est une légende du Nord, connue dans tout l’Arctique pour ses chansons d’amour belles et sincères. Écrites pour la plupart il y a plus de 30 ans, les chansons de son album Kaayuula sont chantées dans toutes les communautés depuis trois décennies, mais n’ont jamais été enregistrées. Toujours interprétées en live lors de festivals, les chansons de son tout premier album studio peuvent désormais être chantées par tous, contribuant ainsi à rendre la culture encore plus vivante. Il s’agit d’une situation tout à fait unique, où les chansons sont déjà célèbres et connaissent un énorme succès dans la communauté inuite avant même la sortie de l’album.

Ses chansons d’amour sont enveloppées d’une ambiance folk et orchestrale, qui nous ramène à l’époque où elles ont été écrites, dans le Nunavik des années 70. Produit par Simon Walls (Juurini, Laura Niquay, Soleil Launière) et enregistré au cœur d’Inukjuak, au Nunavik.

Les photos

Pour voir mon album de photos de mon séjour au Nunavik au complet, voici le lien : https://photos.app.goo.gl/Nbv9Q68cGVC2qjpR8 J’y ajoute régulièrement des photos et des légendes parfois !

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